Adieu l’escalade des spécifications ! Feng Jian décortique les nouvelles approches et les voies de mise en œuvre de l’éclairage santé (avec un guide pratique pour éviter les pièges liés aux équipements professionnels).
Le 16 septembre, le salon « L’Exposition de l’Industrie de l’Éclairage de Guzhen en ligne », organisé par Zhongshan Gudian Dengdu Bozhan Co., Ltd. et mis en œuvre par China Zhi Guang All-Media·Ming Ke Tang, s’est tenu virtuellement. Cette session a accueilli M. Feng Jian, vice‑président de la Société d’Éclairage du Henan et concepteur d’éclairage senior, qui, au regard de la transition de l’industrie de l’éclairage — passant de la « révolution de l’efficacité énergétique » à la « révolution de l’environnement lumineux centré sur l’humain » —, a présenté aux professionnels du secteur un cadre théorique pour l’éclairage sain ainsi que des méthodes concrètes applicables à des projets spécifiques.
Un changement de paradigme :
De la « vente de flux lumineux » à la « livraison d’une lumière vérifiable »
M. Feng Jian a souligné que, par le passé, l’industrie avait tendance à commercialiser les caractéristiques techniques des luminaires et à rivaliser sur la base du flux lumineux, avec une conception fondée sur l’idée selon laquelle « cet espace est trop sombre, il faut plus de lumière » ou encore « vendre le luminaire et l’allumer suffit à lui conférer de la valeur ». À mesure que des critères comme la faible teneur en lumière bleue sont devenus des exigences strictes, le marché s’oriente désormais vers une approche centrée sur l’humain : la conception doit viser à offrir, dans les espaces réels et pour les personnes, une qualité lumineuse saine, tangible et vérifiable.

Évolution du chiffre d’affaires des trois grands acteurs sur dix ans
Un socle scientifique :
Les quatre grands axes de la valeur de la lumière saine
Une lumière conforme doit résister à l’évaluation selon quatre grands axes : la santé, la durabilité, la productivité et l’humeur. La santé concerne l’éclairage circadien et la mélatonine ; la durabilité englobe le cycle de vie complet, la neutralité carbone et la recyclabilité ; la productivité se rapporte à la concentration et à l’efficacité au travail ; l’humeur touche à l’ambiance, aux interactions sociales et aux souvenirs émotionnels. Or, les normes nationales et industrielles traditionnelles ne prennent en compte que des paramètres liés aux luminaires — intensité lumineuse, efficacité lumineuse, éblouissement, indice de rendu des couleurs —, négligeant précisément l’impact réel de la lumière sur l’être humain.
Quelle lumière convient à cette personne présente ?
Il nous faut commencer à comprendre l’humain
La nouvelle norme nationale GB/T 46119‑2025 « Dose d’effet biologique non visuel de la lumière sur l’œil humain » vient combler cette lacune, deux indicateurs y étant particulièrement cruciaux :
m‑EDI (intensité lumineuse équivalente à la réponse mélatoninique sous la lumière du jour D65) : mesuré selon la position verticale de l’œil humain, à 1,2 m assis et 1,5 m debout, plutôt qu’à la hauteur conventionnelle de 75 cm au bureau ; nécessite un spectroradiomètre portable, impossible à mesurer avec un luxmètre ordinaire.
CS (indice de stimulation circadienne) : compris entre 0 et 1, reflétant l’intensité de la suppression de la mélatonine pendant la nuit.
Prenons la chambre à coucher : trois heures avant le coucher, la valeur m‑EDI doit être inférieure à 10 lx et la valeur CS inférieure à 0,1. Si ces seuils sont dépassés, cela perturbe la sécrétion de mélatonine et nuit au sommeil — conclusions tirées d’études menées sur de larges cohortes chinoises.

Valeurs recommandées par la norme GB/T 46119‑2025 « Dose d’effet biologique non visuel de la lumière sur l’œil humain »
M. Feng a insisté sur le fait que l’éclairage sain doit s’inscrire dans un circuit fermé :
Chaîne de l’éclairage sain :
Conception de l’environnement lumineux + réponse physiologique de l’humain → bénéfices pour la santé → optimisation continue.
Chaîne de l’éclairage intelligent :
Connectivité des appareils + collecte de données → prise de décision intelligente → retour d’information et exécution.
Si l’un de ces maillons est rompu, l’éclairage sain n’est alors qu’un argument marketing, et l’éclairage intelligent n’est guère plus qu’une pseudo‑intelligence augmentée du Wi‑Fi.
Conception d’espaces domestiques :
Formule lumineuse sur 24 heures
Face à la situation actuelle où les individus modernes manquent de lumière naturelle le jour et subissent l’agression de la lumière bleue des écrans la nuit, M. Feng Jian propose d’adapter dynamiquement l’environnement lumineux en fonction des différentes phases du cycle circadien :
6 h 30–9 h 00 : lumière blanche froide, favorisant un réveil rapide.
9 h 00–17 h 00 : niveau d’éclairement et rendu des couleurs confortables, garantissant l’efficacité au travail.
17 h 00–21 h 00 : lumière chaude de 3 000–3 500 K, créant une atmosphère chaleureuse.
21 h 00–23 h 00 : température de couleur abaissée (inférieure à 2 000 K) et contrôle rigoureux de la valeur m‑EDI, afin de limiter les perturbations du sommeil.
En pleine nuit : température de couleur extrêmement basse, assurant que les personnes âgées ne soient pas éblouies lors de leurs déplacements nocturnes.
Insights de conception
Un véritable environnement lumineux intelligent ne se limite pas à allumer ou à augmenter l’intensité lumineuse ; il s’agit d’un « scénario lumineux » adapté au rythme circadien de l’être humain. Les solutions traditionnelles négligent souvent les besoins spécifiques en matière de lumière avant le coucher et durant la nuit, ce qui constitue l’un des facteurs invisibles affectant la qualité du sommeil des populations modernes.
Concernant les déplacements nocturnes des personnes âgées, il propose cinq points clés : réduire l’éclairement vertical à la hauteur des yeux (1,2 m) ; éviter que la source lumineuse éclaire directement le champ de vision ; atténuer l’éclairage en hauteur et privilégier des luminaires anti‑éblouissement profonds (éviter les spots apparents) ; privilégier des sources lumineuses basses, indirectes et douces ; et assurer une continuité lumineuse sur le trajet nocturne, éliminant les zones d’ombre et réduisant le risque de chute.
M. Feng rappelle également que la lumière bleue ne doit pas être diabolisée : elle est indispensable en journée, et son intégration modérée dans les espaces de travail peut même améliorer la concentration ; ce n’est qu’en soirée qu’il convient d’en contrôler strictement l’exposition afin de ne pas perturber le sommeil.

Point clé : la bande spectrale critique de 460–490 nm, correspondant à la lumière bleue courte (zone centrale ayant le plus fort impact).
Il propose également une liste de contrôle de cinq questions pour l’éclairage domestique (répartition horaire, valeur m‑EDI avant le coucher, parcours nocturne, transition entre l’apprentissage et le coucher, interconnexion entre les écrans nocturnes et les systèmes terminaux), destinée à servir d’outil d’auto‑évaluation pour les concepteurs. Cette liste, tout comme la nouvelle norme nationale susmentionnée, reste recommandée et non obligatoire.
Conception d’espaces professionnels :
Quatre grands scénarios + précautions à prendre lors de la mise en œuvre
La partie relative aux espaces professionnels s’appuie sur la norme WELL pour l’architecture, couvrant les bureaux, les établissements médicaux, les hôtels et les centres de bien‑être. Prenons l’exemple des bureaux : il ne suffit pas de respecter l’éclairement de 300 lx au niveau du bureau ; il convient de maintenir un éclairement vertical adéquat à la hauteur des yeux, et d’augmenter localement jusqu’à plus de 800 lx pendant les périodes de fatigue accrue de l’après‑midi ; quant aux établissements médicaux et de bien‑être, l’accent doit être mis sur l’éclairage circadien.

En haut à gauche : cas exemplaire — Chambre circadienne de l’Hôpital de Soins Geriatriques SuKang à Suzhou.
En haut à droite : inSona, Hôpital de Soins Geriatriques SuKang à Suzhou (chambre circadienne).
En bas à gauche : résidence haut de gamme Tangguo à Shanghai.
En bas à droite : immeuble de bureaux 5A de Signify.
Les pièges courants lors de la mise en œuvre concernent principalement : maîtrise insuffisante de la tolérance chromatique, calcul uniquement des luminaires sans tenir compte des réflexions ambiantes, obstruction par le mobilier et les revêtements souples, réglage limité à l’intensité lumineuse sans prise en compte des séquences temporelles.
M. Feng propose des mesures de contrôle dès la phase d’appel d’offres — quantification stricte des tolérances chromatiques, de la valeur m‑EDI et d’autres indicateurs ; exigence d’une même série de luminaires, avec prélèvement d’échantillons et contrôle à l’arrivée, refus catégorique des lots non conformes, afin d’assurer une gestion complète en amont, en cours et en aval. Dans des projets phares tels que la chambre circadienne de l’Hôpital de Soins Geriatriques SuKang à Suzhou, des résidences haut de gamme ou des immeubles de bureaux 5A, il a appliqué l’éclairage circadien et procédé à des validations empiriques.
Cinq actions que les concepteurs peuvent mettre en œuvre dès cette semaine
Inclure dans le projet des indicateurs non visuels tels que m‑EDI et CS, afin de renforcer la crédibilité.
Préciser dans le contrat les exigences techniques relatives au spectre SPD, aux séquences temporelles et aux courbes de distribution lumineuse.
Apporter un spectroradiomètre sur le chantier pour effectuer des mesures in situ lors de la réception.
Prendre en compte en amont les conditions d’aménagement intérieur et extérieur, anticipant les pertes lumineuses.
Renforcer la supervision sur site et la gestion globale du projet, afin d’assurer la cohérence entre la conception et sa mise en œuvre.
Questions‑réponses interactives
Lors de la session interactive du salon, M. Feng Jian a également apporté des réponses aux interrogations du public :
1. La liste de contrôle de cinq questions pour l’éclairage domestique et la liste de contrôle pour la réception des travaux, sont‑elles obligatoires ou recommandées ?
M. Feng : elles sont recommandées, non obligatoires ; la norme GB/T 46119‑2025 est également de nature recommandée. Intégrer ces listes dans le projet permet de mettre en avant une approche centrée sur l’humain et d’accroître la crédibilité.
2. Comment éviter en amont les problèmes de mise en œuvre tels que la perte de contrôle de la tolérance chromatique, l’obstruction par le mobilier ou l’échec des réglages ?
M. Feng : contrôler dès l’appel d’offres : quantifier strictement la tolérance chromatique, la valeur m‑EDI et tous les autres indicateurs ; exiger que les luminaires proviennent d’une même série, afin de réduire les écarts de couleur liés aux différences de lot de puces ; procéder à un étalonnage rigoureux des échantillons, effectuer des contrôles à l’arrivée et refuser catégoriquement les lots non conformes. Une supervision rigoureuse tout au long du processus — conception, fourniture, réception — permet de réduire le décalage entre les plans et la réalité.
3. Comment communiquer la valeur de la lumière saine aux clients et les inciter à payer ?
M. Feng : intégrer dans le projet des indicateurs tels que m‑EDI, CS, stroboscopie, effets non visuels sur la mélatonine, contrôle de la température de couleur et des séquences temporelles, plutôt que de se limiter à l’éclairement et à la température ; impliquer activement le concepteur dans le processus d’achat, réaliser des mesures in situ avec un spectroradiomètre, présenter la valeur à l’aide de données quantifiables, afin d’assurer la cohérence entre la conception et la mise en œuvre.
4. Que faire lorsque le rapport d’essai fourni par le fabricant diffère des résultats obtenus sur le chantier ?
M. Feng : le rapport du fabricant mesure les paramètres propres au luminaire, tandis que les mesures sur le terrain évaluent la perception par l’œil humain, influencée par l’installation et les réflexions ambiantes. En cas de divergence, il convient d’abord d’identifier si le problème provient du luminaire ou des travaux ; si, après ajustement, la conformité n’est toujours pas atteinte, collaborer avec le fabricant pour adapter le produit.
5. Quelles sont les premières actions à entreprendre pour les jeunes concepteurs désireux d’appliquer le concept d’éclairage sain ?
M. Feng : maîtriser d’abord les normes nationales en vigueur en matière d’éclairage, puis se familiariser avec les logiciels de conception (tels que DIALux evo ou Koolux) ; utiliser Koolux pour simuler la valeur m‑EDI et l’équivalence en termes de mélatonine, évaluer simultanément l’éclairement vertical à la hauteur des yeux, tout en tenant compte des indicateurs de conservation d’énergie LPD. Écouter, observer et étudier davantage, puis progressivement mettre en œuvre ces concepts dans des projets concrets.
Conclusion
Le cœur de ce salon consiste à ramener l’éclairage sain d’un simple slogan marketing à une méthode technique mesurable, vérifiable et reproductible. M. Feng Jian a repensé les critères d’évaluation d’une lumière à l’aide des quatre grands axes de valeur, rappelant, grâce aux indicateurs m‑EDI et CS de la nouvelle norme nationale, que la valeur de la lumière ne réside pas dans les tableaux de spécifications, mais dans la perception réelle de l’œil humain au sein de l’espace considéré ; et, à travers une formule lumineuse sur 24 heures, une liste de précautions pour les chantiers et trois exemples concrets, il a montré que l’approche centrée sur l’humain n’est plus une idée abstraite, mais se traduit concrètement dans chaque choix, chaque contrat et chaque mesure réalisée avec un spectroradiomètre.
De la « vente de flux lumineux » à la « livraison d’une lumière vérifiable », le changement ne concerne pas seulement les indicateurs techniques, mais aussi le point de départ de la pensée des concepteurs : la lumière n’est plus là pour simplement illuminer un espace, mais pour prendre soin des personnes qui y vivent. Puissé cette présentation servir de nouveau point de départ pour de nombreux professionnels, leur permettant de revoir leurs plans et de redessiner la lumière qu’ils proposent.
Remarque : Le contenu de cet article est issu de la transcription de l’intervention de M. Feng Jian, le 16 septembre 2026, lors de la session « De la “vente de flux lumineux” à la “livraison d’une lumière vérifiable” » organisée par Ming Ke Tang, publiée par Ming Ke Tang.
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